Dec 052011
 
 December 5, 2011  Posted by  Actualités, Enfance et Éducation

Si vous écoutez la radio, lisez les journaux ou regardez la télé, vous savez qu’une petite fille de 15 ans s’est suicidée à Ste-Anne-des-Monts lundi dernier. Vous savez également qu’une montée aux barricades a été érigée en réaction à cette mort attribuée (selon des extraits d’une lettre que cette ado. a écrite à sa mère) à de l’intimidation par les pairs. Peut-être avez-vous vu, entendu ou lu la mère de cette enfant, qui pleurait sa peine avec les journalistes et lançait son souhait que l’intimidation à l’école cesse une fois pour toute.

Pendant 2-3, ce n’est pas compliqué, les médias ont carburé à cette nouvelle…même certains politiciens se sont fait du capital politique sur ce suicide afin de blâmer la gestion des programmes du gouvernement actuel.

Je ne voulais pas en parler…je voulais, comme plusieurs l’ont peut-être vécu, m’attrister pour cette mère (qui se sent coupable d’avoir poussé sa fille dans la gueule du loup en la forçant à aller à l’école), pleurer avec elle (ah oui que j’ai pleuré), me désoler de la violence à l’école en disant “qu’il faut agir” tout en me réjouissant que mes enfants ne fréquentent pas de tels établissements; je voulais détester l’autre adolescente, identifiée comme la “méchante intimidatrice” afin de me défouler de toute cette violence que représentait ce suicide supplémentaire, inutile, mais reflet de notre société malade.

Je jure je voulais faire comme tout le monde et ne plus y penser dans 3 jours…mais voilà, ce n’est pas ce qui s’est produit. Est-ce parce que mes enfants arrivent à l’adolescence à la vitesse d’un TGV? Est-ce parce que je connais cette région de la Gaspésie et que j’y ai de la famille? Est-ce que c’est parce que ça fait 100 histoires d’intimidation racontées par 100 personnes différentes que j’entends? Est-ce que c’était parce que j’étais dans ma semaine? JE NE LE SAIS PAS, mais une chose est certaine, JE SUIS TRÈS FÂCHÉE et terriblement attristée.

Je ne suis plus sur le coup de l’émotion, mais je suis encore écoeurée et dégoûtée de notre hypocrisie (aveuglement, déni, inconscience) à nous les adultes. Depuis plusieurs jours, je lis le journal, j’écoute certaines lignes ouvertes, j’entends des entrefilets à la radio…je suis même allée sur Facebook et Youtube pour voir et lire ce que les jeunes avaient à dire! Ce que j’entends me sidère: “les enfants sont violents de nature, les adultes dans les écoles n’agissent pas car eux-mêmes parfois sont les cibles d’intimidateurs, le gouvernement devrait investir plus dans la prévention de la violence à l’école, il faut s’occuper de ceux qui intimident, il faut outiller les jeunes, l’autorité des parents est inexistante de nos jours, il faut que l’intimidation finisse et qu’il n’y ait plus JAMAIS  d’autre suicide, etc. etc.

Ok….et une fois que tout cela est dit, on retourne chez soi, on zappe et on continue notre vie. Right? En fait, ce que j’entends depuis près d’une semaine c’est: les autres devraient faire ci, les autres devraient fournir ça, eh que la société est comme ça,mais qu’en est-il de ce que NOUS pouvons faire? C’est qui la société?

J’ai parlé ouvertement avec mes enfants de cet événement, des raisons que l’adolescente avait évoqué pour s’enlever la vie. Je conviens que je n’ai pas un portrait global de la situation car les médias ont mis l’emphase sur l’intimidation à l’école, mais il y avait peut-être autre chose puisque la lettre laissée comptait 3 pages. Mais anyway….j’ai sondé le terrain avec mes gars: vous savez c’est quoi l’intimidation? Vous en avez déjà vécu? Qu’est-ce qu’il faudrait faire quand ça arrive? Vous savez qu’une jeune fille s’est suicidée pour ces raisons?

De toute la belle et riche conversation qui a suivi, je retiens les propos suivants de mon fils de 8 ans: Je me demande pourquoi les parents ne pensent pas à faire l’école à la maison à leur enfant dans ce temps-là…Et tout de suite après, cette réplique qu’il m’a lancé, en me regardant très sérieusement: les parents devraient prendre la défense de leurs enfants à la place de les laisser souffrir. Dans une ligne ouverte à la radio, j’ai entendu un homme, père de 3 enfants et lui-même la cible d’intimidation au boulot, reprendre exactement les mêmes paroles…

Pourquoi suis-je révoltée? Peut-être parce que l’intimidation (qui est genre un jeu de pouvoir) est tellement répandue dans notre société que nous ne la voyons plus? Peut-être parce qu’à la télé, dans les médias, à l’assemblée nationale, au parlement, c’est chose courante? Peut-être parce que nous sommes tellement habitués à nous faire intimider par les autorités en place, ou par notre voisin ou quiconque d’autre que ça en devient banal? Peut-être ne savons-nous pas comment réagir et sommes-nous nous-mêmes des intimidateurs? Ou on ne sait pas comment “outiller” nos enfants? Coudonc, suis-je en train de dire que nous sommes un peuple d’intimidés qui s’intimident entre eux?

Les enfants apprennent de ce qu’ils voient, pas de ce qu’on leur dit. Les enfants sont très observateurs, et voulant s’adapter à leur milieu et à leur environnement, il reproduiront EXACTEMENT ce qu’ils observent. Nos enfants sont notre reflet, notre miroir. Dans la situation qui nous concerne, la mère avait reçu un téléphone de l’école lui intimant d’envoyer sa fille à l’école sans quoi la DPJ interviendrait. C’est pas de l’intimidation ça? Et quelle est la première chose que cette femme a dit en entrevue? “Je m’en veux de l’avoir jetée dans la gueule du loup”. Ben oui, l’école fait peur aux parents, qui poussent par la suite leurs enfants et ces derniers reproduisent avec leurs pairs et les plus jeunes. Et tout le monde pense “bien faire”. Et croyez-moi, pour avoir fait beaucoup de choix “hors normes” sociales, ce genre de manège est loin d’être un cas isolé. Seulement, où et à qui le dénoncer? Et surtout, qui l’entendra et le croira? Sans compter qu’une fois dénoncée, la situation risque parfois d’empirer.

Mais je m’égare. En me relisant, je me dis que je simplifie beaucoup des situations complexes, je  mêle peut-être même toutes les cartes. Oui mais tout est lié dans la vie… et je poursuis.

Je n’ai pas la prétention d’offrir des solutions, encore moins celle de pointer une instance plus qu’une autre. Par contre, comme société, nous sommes responsables de nous occuper de nos enfants, de les protéger, et cela commence dès la naissance. Je vais pousser loin mais je trouve que dans notre société, nous ne favorisons pas assez le lien d’attachement avec les enfants. Trop vite nous sommes incités à nous séparer de notre progéniture, de la sevrer, de la faire éduquer par une tierce personne, qui, bien qu’aimante et attentionnée, ne peut remplacer les parents(surtout si l’on considère le ratio éducateur/enfants). Dès la naissance d’un enfant, on a tendance à banaliser la séparation, à l’encourager et à en minimiser les impacts sur la vie à plus ou moins long terme. L’enfant doit “apprendre” à vivre avec la séparation, peu importe le prix.

Pendant que les parents bossent dur, les enfants sont aux mains d’étrangers, pendant de très longues heures, avec pour compagnie des jeunes du même âge. Il y a peu d’interactions entre les enfants et des jeunes plus âgés ou des adultes (enfin les contacts sont limités et restreints au lieu physique où ils sont éduqués). À une époque où tout doit se passer vite vite vite, le lien parent/enfant s’effrite éventuellement et on en vient à un point où on ne connait plus notre enfant et on sait encore moins ce qu’il vit à l’école. Suis-je en train de dire que tous les parents qui envoient leurs enfants à l’école les laissent tomber? Sûrement pas! Par contre j’affirme sans hésiter que nos choix ont des conséquences, et que dans notre système, il devient facile de nous décharger de nos responsabilités sur autrui (l’école, le gouvernement, le médecin, etc.). Il faut tout simplement en être conscient et savoir que s’impliquer dans la vie de son enfant n’est ni un défaut, ni un signe de “sur-couvage”. Si nous parents ne prenons pas la défense de nos enfants, qui le fera?

Devons-nous rester collés sur notre progéniture pour éviter qu’ils affrontent ce genre de situation, qui inévitablement, risque de se produire? Non, sûrement pas. Mais il est indispensable de garder contact avec nos enfants, de s’impliquer, de parler ouvertement avec eux, de les protéger en cas de besoin, de ne pas banaliser une situation qui les affecte, de nous responsabiliser et de comprendre que la manière dont nous traitons nos enfants collectivement (à partir de la naissance, sinon de la conception) a un impact sur la société actuelle (et sur son niveau de santé). Demeurer muet, être un témoin silencieux, complice, s’abstenir de dénoncer par peur de représailles, ne fait qu’amplifier le phénomène.

Mon mari aime lire Foglia dans La Presse. Il m’en parle tellement que j’ai fini par lire ses chroniques. Il aime bien écrire pour provoquer des réactions cet homme! Ce samedi, il a écrit un billet intitulé : La décivilisation . Je ne peux dire que je sois d’accord avec tout ce qu’il écrit, mais chose certaine, il ne se complait pas dans les bons sentiments et il n’hésite pas à brasser la cage. Bien que j’aie des bémols à émettre concernant sa position sur l’application de l’autorité et du respect (du bon vieux temps à aujourd’hui), je suis d’accord qu’on cherche à faire de la pédagogie avec chaque drame du genre qui se produit, et pire encore, il ne se passe plus grand chose une fois que le sujet est périmé…jusqu’au prochain drame.

De son côté, Yves Boisvert y va de son opinion sur les réseaux sociaux et avec statistiques à l’appui, il affirme qu’une baisse des suicides au Québec a eu lieu et que plusieurs ressources existent pour les adolescents (tél jeune, jeunesse écoute, suicide action). Donc des gestes concrets auraient été posés dans le temps.

Nous sommes lundi, une semaine après le drame. Une semaine de brassage intensif à chercher des coupables, à pointer du doigt les réseaux sociaux, à se dire qu’il faudrait dont faire quelque chose. Une semaine plus tard, une jeune fille de 15 ans repose en cendres, près de son grand-père. Une semaine après s’être autant ému et révolté, que reste-t’il à dire ou à faire? Qu’est-ce qui changera? Peut-on espérer que la mort de cette jeune fille poussera à l’action? Personnellement, j’ai espoir que comme société nous nous soyons éveillés, que l’évidence de notre mauvaise santé collective fera bouger quelque chose. Malheureusement, j’ai aussi la conviction que nous allons tous retourner vaquer à nos occupations car dans la vie, ça prend toujours un intimidateur et un intimidé, loi de la jungle oblige.

p.s.: le terme “décivilisation” m’ayant intrigué, voici une réflexion intéressante que j’ai trouvé sur le web en faisant une petite recherche Google: http://dvanw.blogspot.com/2008/01/dcivilisation.html  

Monsieur Foglia a emprunté le mot décivilisation à un philosophe français du nom de Alain Finkielkraut, mais semblerait que d’autre se soient intéressés à ce concept avant lui. Me voilà enrichie d’un nouveau mot de vocabulaire (avec une définition indéfinie!)

 

 

 

 

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