Nov 162011
 
 November 16, 2011  Posted by  Femme au quart

Après une journée de travail, pluvieuse soit, mais si bien exploitée (voir l’article What a day du 13 novembre), j’avais besoin de deux choses: un bon thé et un bon film documentaire. Et comme j’avais le temps pour faire les deux…je ne me suis pas privée! Bon c’est presque devenu ma religion lorsque je vais en ville, surtout à la grande bibliothèque, je dois boire un thé et manger le fameux quintessence au matcha (succulent gâteau au fromage) au Camellia Sinensis (pub gratuite ici!!). En fait, boire un thé est un plaisir renouvelé à chaque visite, mais je dois faire gaffe au Quintessence….le plaisir se retrouve parfois dans la modération et non dans l’habitude!!! Remarquez, il est tellement bien présenté que c’est presque toujours comme la première fois! 😉

Bref, après un bon thé noir chinois et un quintessence, je me hâtai sous la pluie pour ma première visite à l’Excentris. Je ne connaissais le cinéma Parallèle que de nom, et c’était tellement chic (et tellement différent d’un Guzzo), que j’ai failli rebrousser chemin, pensant m’être trompée d’endroit!!! J’achetai donc mon billet et j’entrai dans la salle…wow! Propre, chic, confortable, je redécouvrais le plaisir de fréquenter une salle de cinéma (bon ok, je sors peut-être pas assez, mais quand même!). Le 4 novembre dernier, j’ai écrit que le visionnement de Surviving Progress m’intéressait…J’avais de grandes attentes sur ce documentaire, et je n’ai pas été déçue.

En gros, c’est l’histoire de l’homme-qui-est-tombé-dans-le-piègeduprogrès-le-jour-où-il-a-compris-que-pour-faire-une-meilleure-chasse-au-mammouth-il-pouvait-faire-précipiter-le-troupeau-dans-le-ravin-plutôt-que-d’en-traquer-un-à-la-fois.

Ajoutez à cette description les interventions tantôt philosophique, tantôt cinglantes de Margaret Atwood, Jane Goodall, Ronald Wright (l’auteur du best-seller Brève Histoire du progrès ayant inspiré ce documentaire), David Suzuki et de 25 autres intervenants plus ou moins connus (de moi)mais au parler non moins percutant, et vous venez de me conquérir. Impressionnable, moi? Yes mesdames messieurs! Optimiste face au désastre annoncée? Hummm… je serais, comme j’ai lu quelque part, du parti Avec conviction, mais sans espoir. 

Ce soir là, j’ai parcouru la planète, et j’ai été témoin de ce Chinois, guide touristique qui a vu son niveau de vie considérablement s’améliorer dans les 20 dernières années, et qui ne voulait pas que son père témoigne des actes de son gouvernement lors de la préparation des Jeux Olympique de Pékin. Là devant la caméra, il sermonnait son père de ne pas parler car LUI, il avait travaillé tellement fort pour arriver à ce standing de vie, il n’était pas question de bousiller cela pour 5 minutes à la télé. Le climat de censure et la tension est telle qu’on a envie de crier au vieux père: -QUOI QUOI, qu’est-ce qui s’est passé à Pékin?

J’ai rencontré aussi cette jeune policière brésilienne, pleine d’idéaux, qui pensait être capable d’arrêter les vrais coupables lorsqu’elle s’est enrôlée dans IBAMA, la police environnementale chargée de s’assurer que la forêt amazonienne n’est pas pillée et que la coupe est respectueuse de l’environnement. Elle s’est réveillée, impuissante, à sanctionner les petits malfrats, les petites compagnies qui font vivre les villages environnants. Pendant ce temps, les vrais coupables, souvent des dirigeants de pays, continuent de vivre en toute impunité. Et la forêt brûle…

J’ai rencontré aussi ce biologiste qui a fait un voyage en voilier avec son équipe pour récolter l’ADN de microbes sous-marins et qui fait la déclaration suivante:

Changer et prendre le contrôle de l’évolution, modifier son cours et entreprendre de créer délibérément des espèces pour notre propre survie, cela nous permet au moins d’être optimistes en nous donnant la chance de contrôler notre destinée.

Personnellement, ça m’a fait froid dans le dos, surtout quand il a parlé d’investir les déserts pour faire sa culture d’algues. Exxon mobile, si j’ai bien compris, financerait ses recherches. Chilling.

J’ai vu comment on avait “poussé” certains dirigeants africains au pouvoir, comment on avait endetté les pays du “Tiers Monde” en exploitant leurs ressources, en les rendant tellement incapables de rembourser les intérêts sur leurs dettes que pour qu’ils ne fassent pas faillite, on leur a dit de “vendre” leurs richesses naturelles. J’ai vu des gens lucides, j’ai vu des gens éveillés, j’ai vu des apprentis sorciers, j’ai vu des optimistes et des gens impuissants face à l’autodestruction de notre race et des ressources de la planète. J’ai vu jusqu’où pouvaient mener le pouvoir et l’avidité.

J’ai vu et je n’ai rien appris de nouveau, j’ai vu et je n’en sais pas plus. J’ai assisté, confortablement assise dans le fauteuil d’un chic cinéma du quartier des spectacles, à la destruction d’une forêt, à de l’auto-censure, au spectacle virtuel de notre déchéance, du plus puissant drainant toujours plus les ressources du plus pauvre.

Conclusion, l’homme a conservé son cerveau de cueilleur-chasseur d’il y a 50 000 ans intact, et il ne l’a jamais “upgradé”. Le malheur, c’est qu’il n’est pas en mesure de gérer les problèmes qu’il a créé. Quelles conséquences récoltera-t-il? Quelles conséquences récolterons-nous?

J’ai l’esprit en ébullition.

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