Nov 132011
 
 November 13, 2011  Posted by  Femme au quart

Jeudi dernier était ma journée de travail. Une super journée où j’ai pu m’avancer dans mes projets tout en profitant de la Grande Bibliothèque. Finalement j’aime beaucoup la faune urbaine….j’y ai grandi et je réalise que pour l’instant, je m’y retrouve. Pendant un certain temps j’ai cru que j’étais prête à vivre sur une terre, éloignée et isolée, seulement entourée par le bois et le chant des oiseaux, mais je me leurrais. J’aime être dans l’action, j’aime l’ambiance de la ville, son mouvement, à la limite ses odeurs (qui vient avec sa pollution 🙁 ). Par contre, j’ai besoin de me retrouver dans la nature, entourée du bois, des montagnes et de la mer. C’est indispensable à ma santé mentale. Peut-être qu’avec le temps, me ferai-je construire cette fameuse yourte dont je rêve depuis longtemps. Que d’idées contradictoires…je veux tout à la fois 😉

Cela étant dit, ayant bien travaillé jeudi, je décidai d’aller dîner. À mon retour à la bibliothèque, j’aperçois la gardienne de sécurité à l’entrée, la main sur son oreillette, les yeux fixés sur les grandes portes vitrées de la sortie. Elle semble écouter quelque instruction donnée par une voix virtuelle (qu’évidemment elle seule entend). Perplexe, je l’observe et j’aperçois bientôt deux autres gardiens franchissant les portes de la bibliothèque pour se diriger “mine de rien” vers l’extérieur. Tout cela est très discret, peut-être pas assez puisque je m’en rends compte, et là, mon p’tit côté James Bond titillé, je décide d’observer le manège. Je regarde en direction de la sortie car je vois que toutes les forces de la sécurité de la bibliothèque s’y déploient. Et c’est là que je vois que James Bond (dommage, je n’aurais pas dédaigné tomber sur Daniel Craig :-p ) n’a rien à voir…j’aperçois, en même temps que j’entends, LA foule et une clameur s’élever dans la rue. Je décide de sortir pour enquêter sur la question et je les vois…des milliers de personnes, de jeunes personnes sur la rue Berri et la place Émilie-Gamelin. C’est une véritable invasion, une “prise de la rue”. Voilà je me souviens: ce matin on a parlé aux nouvelles d’une marche contre la hausse des frais de scolarité.

J’embrasse d’un seul regard cette foule, les hélicoptères de big brother, les “bataillons” de l’escouade anti-émeute (qui jasent et blaguent entre eux, terriblement décontrac.), les 25 agents de sécurité de la bibliothèque aux aguets, les badauds (comme moi) qui observent, certains (la majorité) photographiant avec leur cell. Je vois les pancartes qui regorgent de slogans, de messages, tantôt philosophiques, tantôt fâchés, parfois vulgaires, mais exprimant une chose claire: l’inacceptabilité de la hausse des frais de scolarité. Et puis soudain, j’entends la vague déferlante et je comprends le pourquoi de cette clameur: la marche débute. Il est environ 14h00. J’ai du travail à faire, mais ce que j’observe m’intéresse plus et je décide de regarder le cortège d’étudiants venant de partout au Québec (anglophones et francophones confondus) prendre d’assaut (bruyamment mais pacifiquement) la rue Berri en direction nord. Plusieurs groupes syndicaux sont au rendez-vous, les asso. étudiantes, mouvements politiques, médias, bref, le kit y est. Presqu’au même moment, une pluie fine, froide, humide se décide à accompagner les manifestants.

Pendant que j’observe ce défilé, plusieurs pensées et questionnements m’assaillent. Maintenant que je suis parent, que mes enfants sont éduqués hors système, je me demande ce que j’en pense…Peut-être mes enfants iront un jour au cégep ou l’université. Pourrons-nous les aider dans la poursuite de leurs études si les frais ne cessent d’augmenter? Est-il normal que pour obtenir un diplôme, ces jeunes doivent travailler plusieurs heures plutôt que de ce concentrer sur leurs études? Cela n’est pas “normal” de terminer ses études et d’en avoir pour des décennies à rembourser les intérêts sur les prêts. Et n’y a-t-il pas trop d’étudiants à l’université? Tous devraient avoir droit et accès aux études supérieures si tel est leur projet, mais sommes-nous dans une société sur-diplômée? Et pire encore, à part pour faire rouler le système et la sacro sainte économie,  la garderie, l’école primaire, l’école secondaire, le cégep et l’université, ont-ils raison d’être (de la manière actuelle en tout cas)?

Je suis perdue dans mes pensées, les gens défilent et je me reperds entre deux banières…Cette fois-ci j’accroche sur toute la surveillance autour de cette manifestation: anti-émeute postée à plusieurs endroits stratégiques, gardiens de sécurité sur un pied d’alerte, le bruit énervant de cet hélico. qui fait du sur place à très basse altitude. Ça me donne un drôle de “feeling” toute cette surveillance. Remarquez c’est plutôt impressionnant toute cette foule alors peut-être que d’un certain point de vue, ce déploiement des forces de l’ordre est rassurant.

Et le temps passe, et la foule défile…5min. 15min. 25min. 35min. le flot ne ralentit pas. Je réalise alors que ce doit être la première fois que je vois autant de gens manifester. J’ai déjà pris part à des manif. mais j’étais dans la foule, je n’avais pas de recul. Après 45 min., je décide de retourner dans la bibliothèque, histoire de me recentrer sur mon boulot. À l’intérieur aussi plusieurs usagers observent le cortège de jeunes, bien à l’abri de la pluie et au chaud. J’avoue que le spectacle vu du troisième étage est impressionnant. En tout et partout, je serai restée une heure à observer ce phénomène sans que le flot de manifestants ne s’amenuise. Plusieurs dizaines de milliers de personnes étaient là pour sûr. Le lendemain, je n’étais pas surprise d’entendre parler d’une participation de 12 à 20 000 personnes.

Je me suis posée une question finale: cette manifestation aura-t-elle un impact sur la décision du gouvernement de hausser les frais de scolarité au cours des prochaines années? En apparence non, mais en pratique, j’ai eu une réponse partielle en lisant cet article sur cyberpresse. Je vous donne les 2 premiers paragraphes de l’article de Vincent Larouche:

Au lendemain de la grande manifestation contre la hausse des frais de scolarité, Québec a payé pour acheter les noms des principales associations étudiantes et certaines expressions comme «grève étudiante» sur le moteur de recherche Google, afin de promouvoir le point de vue gouvernemental. 

Plusieurs internautes qui recherchaient dans Google les acronymes de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) ou de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) ont vu apparaître une publicité pour le site gouvernementalwww.droitsdescolarite.com.

Même résultat pour les expressions «grève étudiante» ou «manifestation étudiante».

Je ne sais pas si vous voyez le portrait, mais quiconque cherchait ces mots tombait sur de la propagande du gouvernement. Et nous avons payé 50 000 bidous pour cette petite campagne. Voici la riposte des étudiants face à cette “lutte médiatique“.

J’aime bien jouer la carte de la naïveté et voici ce qu’elle dit aujourd’hui: Si un gouvernement démocratique est élu pour représenter le peuple, pourquoi se pose-t-il en adversaire devant la génération montante en usant de tactiques au goût douteux? Naïve ma question non? Niaiseuse je trouve à la limite. Mais en y réfléchissant bien…

La suite de “What a day” demain….

Sorry, the comment form is closed at this time.