Nov 012011
 
 November 1, 2011  Posted by  Quotidien au ¾

Leçon du jour

Pour ceux et celles d’entre vous me connaissant déjà (et bienvenue sur ce blogue si vous en êtes à votre première visite), vous savez que nos 4 enfants (les 3 plus vieux pour l’instant) n’ont jamais fréquenté le système scolaire «local». Ils font l’«instruction en famille», sont «éduqués à la maison» ou encore, ils font l’«école maison»! Bon ça ira, la terminologie, n’est pas l’objet de la leçon d’aujourd’hui!

Et pour répondre à d’éventuelles questions (je reviendrai certainement un peu plus tard sur les pourquoi du comment choisir ce mode de vie) :

-Oui c’est légal;

-Non nous ne sommes pas les seuls, nous avons des groupes de soutien locaux, un réseau et deux associations;

-Oui ils ont des amis;

-Non ils ne sont pas asociaux;

-Oui ils acceptent très mal un refus;

-Non ils ne font pas tout ce qu’ils veulent (c’est pas faute de s’essayer!!)

-Oui il leur arrive de faire des matières scolaires (en fait, tout est matière à apprentissage dans une journée, de l’observation d’un drosophile à une dictée en passant par la préparation du dîner et l’inaction);

-Non, ils ne sont pas enfermés dans le placard (quoique certains jours…c’est moi qui m’y enferme!);

-Oui ils ont des activités extérieures;

-Non, ils ne sont pas obligés de passer des examens (d’autres moyens existent pour vérifier les acquis);

-Oui, ils sont motivés, vivants, créatifs, rêveurs, travaillants (ok on peut revoir la dose au quotidien!) et plein de projets;

-Non je beurre pas trop épais;

-Oui je suis une gestionnaire domestique (merci Isabelle pour le prêt!) doublée du titre d’enseignante;

-Non nous ne sommes pas riches, mais ce mode de vie est un choix que nous assumons;

-Oui, en effet, il existe autant de manière de faire l’école à la maison qu’il existe de familles ayant opté pour ce choix de vie et c’est ce qui en fait sa richesse;

-Et croyez-le ou NON, je ne sais pas tout! Mais j’apprends avec et en même temps qu’eux.

Présentement, j’ai à la maison 3 musiciens et ½ , une écrivaine, un bédéiste et illustrateur, une one toddler show, un animateur d’atelier de science et trois grands lecteurs.

J’en viens maintenant aux défis que m’apportent cette année le rôle de mère-enseignante…

Mes grands arrivent à l’âge critique de la pré ou l’adolescence. À 8, presque 11 et presque 13, j’en prends parfois pour mon rhume. On ne manque pas de caractère et de réparties dans ma maison!

Cette année, mon aîné arrivant en secondaire I, j’ai décidé d’intégrer plus officiellement certaines matières dont le cours de géographie portant sur les enjeux territoriaux. Je travaille très peu avec les cahiers car je les trouve en général assez « plates ». Il existe tellement de ressources intéressantes dans notre environnement que je vois mal l’intérêt de ces outils.

Et pourtant, cette année, pour des raisons pratico-pratiques, j’ai décidé de choisir quelques cahiers. Je me suis « tappée » une petite visite chez Guérin, histoire d’éplucher les ressources en géo. Je suis revenue à la maison avec manuel et cahier flambants (et plus encore). Je sais, je sais c’est cher, ça ne valait peut-être pas la peine d’investir autant, mais ça me console de penser qu’il servira pour au moins deux autres. Au demeurant, mon portefeuille était plutôt lourd, je ressentais un besoin irrépressible de l’alléger. Maintenant j’ai les épaules plus détendues et moitié moins de planif. à faire.

Plutôt contente, j’entraîne alors dans mon élan mon aîné et je commence à lui faire lire les modules et à lui faire noircir des pages et des pages….pour me rendre compte qu’il comprend moyennement les concepts qu’il lit, et qu’il peine à les appliquer.

Et moi de m’impatienter, de forcer la dose, de le faire effacer et recommencer et de me dire que finalement, il comprend pas grand-chose. Et lui de rêvasser et d’enrager de son côté d’être pris à toujours recommencer. On s’en sort pas, ça peut durer des heures entières et c’est très « énergivore ». Bon, il est (très) probable que fiston fasse les coins ronds en lisant les questions du cahier, ou encore qu’il ne soit pas habitué à ce jargon propre aux manuels scolaires. N’empêche qu’étudier une matière de façon « théorique » ne l’a jamais rendu « concrète » (contredisez-moi quelqu’un!!). Rien ne vaut l’expérience pour établir des liens et ainsi amener à une plus grande compréhension du monde.

Ouain, le « hic » c’est qu’à l’étude du manuel on aborde la question de la conservation du Parc National de Banff. Je pourrais m’organiser un field trip, mais pas trop pratique pour deux pages de cahier!!!

Alors vint le déclic…

Depuis quelques semaines, mon mari nous a abonné au journal La Presse parce qu’il voulait justement que les enfants disposent d’un moyen supplémentaire pour s’ouvrir au monde et de connaître l’actualité. Tranquillement ça commence à faire son effet, et les enfants vont lire, ici et là, qui un article, qui un Foglia qui le procès des Shafia. Et on discute aussi de tout cela, et on s’amuse en famille avec les mots-croisés.

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Nous revoici à la table de cuisine cet après-midi avec un Mikaël encoléré qui vient de se faire dire d’effacer ses réponses pas possibles dans son cahier et moi, de l’autre côté de la table qui le regarde, qui « pile » sur mon orgueil(ben oui je m’apprête à changer d’idée quand même et à me revirer) et qui lui dit soudainement : -Mikaël serre tes cahiers, je vais te donner à lire une vraie question d’enjeux territorial. Dans le journal de ce matin on parle du fameux plan nord et des barrages sur La Romaine. Après le dîner tu liras ça, c’est un vrai enjeux et ça se passe ici et maintenant au Québec.

Soulagement sur le visage de fiston qui ne se fait pas prier deux fois.

QUELLE BONNE INSPIRATION ET QUEL BON MOMENT J’AI PASSÉ!

Avant de l’envoyer à sa lecture, j’ai pris la peine de lui montrer plusieurs cartes du Québec, pour qu’il puisse situer la Romaine dans un premier temps, et pour qu’il observe où se trouvent les grands centres, les principales industries, les zones de densité de la population et les principales sources énergétiques au Québec. J’ai vu pour la première fois un déclic se faire dans ses yeux quand il m’a dit : –Hey attends une minute, et qu’il est revenu avec son magazine Les Débrouillards où l’on retrouvait une planisphère avec des diagrammes illustrant les principales sources d’énergie utilisées et exploitées sur la planète. Nous avons observé ensemble qui étaient les champions des énergies vertes, des énergies fossiles et de l’hydroélectricité. Puis, je l’ai laissé à sa lecture, en ne manquant pas de lui indiquer que les Innus étaient des Montagnais et que leurs réserves se trouvaient tout près de la Romaine.

Il est revenu un peu plus tard me faire part de ses découvertes et de sa compréhension de l’article, du point de vue des Innus (qui n’avaient jamais cédé leur territoire), du prix du bois et à qui on le vendait, etc. Il n’a probablement pas saisi tous les enjeux et non, je ne prévois pas faire du repérage du côté de la Romaine dans un proche avenir. Mais l’essentiel, c’est que suite à mon “revirement”, nous ne nous sommes pas confrontés, l’un poussant pour faire travailler et l’autre repoussant l’échéancier. Sans heurts, ni blessures, nous avons fait l’expérience : lui, de s’être informé et intéressé à un enjeux concret et actuel; moi, d’avoir redécouvert le plaisir de travailler avec mon fils.

Le lien est fait.


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